Les Elections Cambodgiennes 2013 : un Printemps Cambodgien en Floraison ?

Rodolphe Prom - 2nd September 2013

Au Cambodge, la météo oscille entre saison sèche et saison humide, ce qui signifierait selon un haut responsable cambodgien qu’un printemps cambodgien est techniquement impossible. Pourtant, l’exercice du droit de vote lors des élections de juillet 2013 à l’Assemblée Nationale du Cambodge laisse penser que les premières fleurs d’un printemps cambodgien ont éclos.

Depuis 28 ans, le Cambodge est dirigé par le Parti du peuple cambodgien (PPC), avec les termes “PPC” et “gouvernement” parfois utilisés de manière interchangeable. Cette nation fait souvent l’objet des gros titres avec son tribunal supporté par les Nations Unies en charge de juger les Khmers rouges et les rapports du rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Cambodge, Surya Subedi.

Malheureusement, ces titres sont rarement entièrement positifs, soulignant plutôt la lutte permanente du Cambodge pour atteindre la pleine démocratie. Dans ce contexte, les experts politiques prédisaient que le PPC était en bonne voie pour une autre belle victoire, indiquant que la victoire par le principal parti d’opposition – le Parti national de sauvetage cambodgien (CNRP) – serait une “magnifique surprise“.

Si “magnifique surprise” il n’y a pas eu, c’est un sursaut inattendu de démocratie que le Cambodge a certainement vécu. Les résultats officiels provisoires publiés par la Commission électorale nationale du Cambodge (NEC) suggèrent que le PPC a remporté 68 des 123 sièges de l’Assemblée nationale – une baisse de 22 sièges par rapport aux élections de 2008. Le CNRP en a remporté 55, soit une augmentation de 26 sièges par rapport à 2008 (quand il y avait deux partis distincts, le Parti Sam Rainsy et le Parti des droits de l’homme).

C’est maintenant un moment intense pour le Cambodge. De nombreuses organisations ont fait état d’irrégularités électorales qui menacent la crédibilité des résultats des élections. La NEC a rejeté toutes les plaintes d’irrégularités en bloc. Les appels de la société civile et du CNRP pour des enquêtes indépendantes avec participation internationale restent sans réponse, et le PPC apparaît divisé et indécis sur le sujet. La forme du nouveau gouvernement demeure inconnue.

Sans aucun doute, c’est une victoire pour la liberté d’expression. La campagne a commencé pacifiquement. Les manifestations massives de l’opposition ont été autorisés. Tout s’est accéléré le jour du scrutin lorsque des rumeurs ont indiqué que la course était serrée, avec peut-être à la clé une alternance politique. Les médias sociaux – qui sont populaires et non censurés – ont explosé, avec le hashtag #ElectionsKH à la mode et le PPC se prenant à Facebook.

 Cependant, il n’est pas certain que cette victoire dure. En réponse à un appel du CNRP pour des manifestations de masse, le gouvernement intérimaire semble décourager les libertés de réunion et d’expression par l’augmentation significative de la présence militaire à Phnom Penh et en menaçant de tenir les dirigeants responsables des manifestations si violence se produit.

Avec les récents événements en Egypte qui nous rappelle les nombreuses voies possibles que le printemps arabe peut emprunter, il est clair que le Cambodge est à un tournant. Surya Subedi opine que “le Cambodge semble se déplacer le long de la voie de la démocratie”, de même avait été dit à propos de l’Égypte sous Moubarak, un pays qui semble maintenant dégénérer en bain de sang. Si un printemps cambodgien est vraiment en pleine effervescence, des réformes rapides et importantes doivent faire partie de la réponse à la crise. Le peuple cambodgien ne pourra plus rester les bras croisés.

Par Rodolphe Prom, Président and Consultant Principal, Destination Justice

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